Abbé Henri Stéphane, Christianisme et civilisation du travail (texte intégral)

Les conceptions qui lient l’avenir du Christianisme à la « civilisation du travail » reposent sur une confusion du temporel et du spirituel, que l’on trouve dans toute les théories du type que voici : une conception marxiste de l’Histoire comme condition de l’avènement du Royaume de Dieu et, parallèlement, une conception de l’Incarnation comme une intervention de Dieu dans l’histoire. Cette perspective n’est pas sans rapport avec celle du Royaume d’Israël dans la pensée juive à laquelle s’est opposée précisément la doctrine du Christ : « Mon royaume n’est pas de ce monde ». Cette théorie est donc radicalement fausse, et l’Eglise n’a pas à s’inféoder davantage à la civilisation du travail qu’à la civilisation capitaliste.

Métaphysiquement, la conception cyclique de l’histoire suffit à montrer l’inanité d’une idéologie marxiste, fût-elle plus ou moins « christianisée ». Théologiquement, le dogme du péché originel – traduction de la « descente cyclique » - suffit à ruiner d’avance les tentatives de régénération d’un monde « comme tel », et la Rédemption n’a pas d’autre but que d’assurer le « salut des âmes », dont le dogme de la « prédestination » ne permet de préjuger en aucune manière. Qui nous dit que le « monde ouvrier » sauvera mieux son âme dans une « civilisation chrétienne du travail »où des conditions de vie matérielle meilleures s’accompagneront d’un « embourgeoisement » aussi nuisible que l’abrutissement du travail actuel, que dans une civilisation capitaliste où la misère du prolétariat diminue considérablement sa responsabilité morale ? On conviendra qu’il y a là un « mystère » que toutes les idéologies démocratiques des « chrétiens sociaux » sont bien incapables d’éclaircir.

A plus forte raison, une conception métaphysique ou initiatique du christianisme ne saurait s’embarrasser de considérations sentimentales sur la « condition ouvrière ». Faut-il ajouter que celui qui « recherche d’abord le Royaume de Dieu et sa Justice » contribue infiniment plus à l’avènement du Royaume de Dieu, non pas d’une manière visible en améliorant les conditions de la classe ouvrière ou de quelque autre situation humaine, mais par sa parfaite conformité au « plan divin », ou soumission à la Volonté du Ciel (islam), plutôt que par une « révolte » quelconque contre un « désordre social » qui ne peut être remplacé que par un autre désordre !


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